L’industrie publicitaire quĂ©bĂ©coise, reconnue pour son dynamisme et sa crĂ©ativitĂ©, traverse des jours difficiles. Depuis l’an 2000, elle aurait perdu plus de 100 millions de dollars, selon l’Association des agences de publicitĂ© du QuĂ©bec (AAPQ) qui a mis en place une stratĂ©gie pour protĂ©ger cette industrie, qui soutient 60 000 emplois et gĂ©nère des retombĂ©es de 5,2 milliards de dollars.
Les causes de cette Ă©rosion sont multiples. ” La migration des centres dĂ©cisionnels hors du QuĂ©bec fait mal, constate Yanik DeschĂŞnes, pdg de l’AAPQ. De MontrĂ©al, ils sont passĂ©s Ă Toronto, New York, Londres… ” Aussi, l’avènement de nouveaux mĂ©dias et plateformes technologiques a entraĂ®nĂ© la fragmentation des budgets publicitaires. Sans compter que les agences quĂ©bĂ©coises doivent de plus en plus composer avec la concurrence venue du monde entier. Autre tuile : les annonceurs tendent Ă rĂ©duire leurs dĂ©penses en publicitĂ©, une tendance aggravĂ©e par la crise Ă©conomique mondiale.
Montréal, laboratoire de la pub
Pour l’AAPQ, la solution passe par l’exportation des services de ses membres. ” La crĂ©ativitĂ© de notre industrie est de calibre mondial, soutient SĂ©bastien FaurĂ©, prĂ©sident sortant de l’organisme et prĂ©sident de l’agence Bleublancrouge. Elle n’a pas Ă se limiter au QuĂ©bec. ”
Une vaste offensive a donc Ă©tĂ© mise sur pied pour aider les agences d’ici Ă se tailler une place Ă l’international. L’industrie a d’abord créé le site Internet montreal.ad, qui regroupe les portfolios d’une soixantaine d’agences. Mais surtout, elle a lancĂ© le YUL-Lab, contraction de YUL, le code de l’aĂ©roport MontrĂ©al-Trudeau, et de Lab pour laboratoire.
YUL-Lab est un projet qui vise Ă faire de MontrĂ©al un lieu d’expĂ©rimentation publicitaire. ” Nous proposons aux grands annonceurs de profiter de la petitesse de notre marchĂ© pour tester diverses combinaisons publicitaires, explique M. FaurĂ©, qui est Ă l’origine de l’idĂ©e. Car dans l’univers publicitaire actuel, les annonceurs ne savent plus oĂą donner de la tĂŞte. ”
Dans ce contexte, il faut expĂ©rimenter, et le QuĂ©bec est l’endroit idĂ©al pour le faire. ” Nous avons nos propres mĂ©dias, notre star system et nous sommes assez isolĂ©s sur le plan culturel Ă cause de la langue française, explique Yanik DeschĂŞnes. Nous sommes un microcosme, un parfait laboratoire pour les annonceurs. ” Selon lui, ils auraient tout intĂ©rĂŞt Ă utiliser une fraction de leur budget pour faire des essais et tester leurs campagnes sur des clientèles cibles avant de les dĂ©ployer Ă grande Ă©chelle.
L’OrĂ©al Paris, conquise par cette possibilitĂ© de rĂ©duire les risques, sera la première entreprise Ă utiliser le YUL-Lab. ” Nous testerons probablement le marketing mobile ou les rĂ©seaux sociaux “, indique Anik Gagnon, directrice des communications.
Pour cette expĂ©rience, L’OrĂ©al fera Ă©quipe avec ses agences habituelles, soit Marketel, Nurun et ZenithOptimedia. ” Elles sont conscientes que nous ferons peut-ĂŞtre appel Ă des ressources qui ont plus d’expĂ©rience dans les campagnes publicitaires mobiles “, prĂ©cise Mme Gagnon. En effet, le YUL-Lab facilitera l’accès Ă des Ă©quipes multidisciplinaires en plus d’offrir des tarifs prĂ©fĂ©rentiels.
Opération séduction à Chicago
L’AAPQ a organisĂ© une mission Ă Chicago en novembre dernier pour prĂ©senter le YUL-Lab Ă de grands annonceurs. Les agences Bleublancrouge, Sid Lee, BBDO MontrĂ©al, Cossette et Palm+Havas Ă©taient du voyage.
Cette initiative pourrait porter ses fruits plus tĂ´t que prĂ©vu, puisque Sid Lee et Bleublancrouge prĂ©voient retourner Ă Chicago sous peu, pour rencontrer de nouveau les responsables de certaines organisations. Ainsi, Kraft USA aurait montrĂ© un vif intĂ©rĂŞt pour Sid Lee, selon Martin Gauthier, associĂ© principal et vice-prĂ©sident. Il faut dire que cette agence n’est pas une inconnue pour la multinationale de l’alimentation car elle rĂ©alise dĂ©jĂ quelques mandats pour sa filiale canadienne.
L’AAPQ compte organiser au moins deux autres missions en 2010, dont l’une Ă New York, le premier centre publicitaire des États-Unis. La seconde se dĂ©roulera Ă Atlanta, Ă Miami ou Ă Boston. Les agences quĂ©bĂ©coises pourraient aussi Ă©ventuellement mettre le cap sur l’Europe. ” Nous venons d’entreprendre un marathon qui s’Ă©chelonnera sur des annĂ©es “, souligne Yanik DeschĂŞnes.
Source: Les Affaires
